Au Mali, dans son discours à la nation à l’occasion du Nouvel An 2024, le président de transition le Colonel Assimi Goïta a annoncé la mise en place d’un « dialogue direct inter-malien pour la paix et la réconciliation ». Il devra permettre l’ « appropriation nationale du processus de paix » et « d’éliminer les racines des conflits communautaires et intercommunautaires ». Comment comprendre cette annonce ? Qui pour participer à ce dialogue ? Premiers éléments de réponse et questions en suspens.

« L’unicité, la laïcité de l’État et l’intégrité du territoire ne feront pas partie des sujets de discussion. » Ces principes sont érigés en lignes rouges par le président de transition, le colonel Assimi Goïta. Ils étaient déjà gravés dans le marbre de la nouvelle Constitution malienne, adoptée en juillet dernier, et de l’accord de paix de 2015. Le dialogue annoncé s’inscrira-t-il d’ailleurs dans le cadre de cet accord de paix, dont Bamako ne s’est toujours pas officiellement retiré ? Ou s’agit-il de prendre acte de son décès et de préparer la suite ?

Autre question fondamentale : qui sera invité à participer à ce dialogue ? Les rebelles du Cadre stratégique permanent (CSP), signataires de l’accord de paix mais que les autorités de Bamako considèrent désormais comme « terroristes » ? Les seuls groupes signataires alliés des autorités de transition ? D’autres acteurs encore (organisations communautaires, politiques, chercheurs) ?

Joint par RFI, un porte-parole du CSP estime en tout cas que cette annonce acte, une nouvelle fois, la caducité de l’accord de paix et déclare déjà que les rebelles ne participeront pas à ce qu’il qualifie de « cinéma ».

Enfin, en parlant de « dialogue direct inter-malien », le colonel Assimi Goïta élimine d’office toute médiation internationale et place donc hors-jeu l’Algérie, qui avait négocié l’accord de 2015 et affichait toujours sa volonté de le sauver.

Les relations entre Bamako et Alger, devenues glaciales au fil des derniers mois, ont viré à la crise ouverte fin décembre lorsque Alger a reçu les groupes signataires de l’accord, puis l’imam Mahmoud Dicko pour consultations. Désormais, les autorités de transition entendent piloter elles-mêmes, et à Bamako, toute initiative liée au conflit en cours avec les groupes armés du Nord.

Sollicité par RFI, le ministère malien de la Réconciliation nationale n’a pas apporté de précisions. Un comité de pilotage sera installé dans les jours qui viennent et devra détailler les contours de ce dialogue « au plus tard en février », comme l’a précisé le colonel Assimi Goïta dans son allocution.

 

Source : RFI