Œil du journaliste: Guinée, drôle d’opposition !

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Nos compatriotes, surtout ceux habitant la capitale, sont quasiment devenus des témoins impuissants de manifestations de rue, souvent décidées par l’opposition politique, depuis quelques années maintenant. De l’accession au pouvoir du Pr Alpha Condé, jusqu’à maintenant, il est difficile de déterminer avec exactitude combien de manifestations ont été enregistrées dans le pays, surtout dans la capitale. Pour autant, pas mal de certitudes peuvent être établies autour de leurs dénouements, allant régulièrement des plus malheureuses aux plus désastreuses. En atteste le bilan peu élogieux établi à l’occasion d’une toute récente manifestation, émanant celle-là du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). C’était le lundi 20 juillet passé. Les principaux tenants de ce front, combinant des politiques et de ‘’soi-disant’’ acteurs de la Société civile, ont à l’occasion annoncé qu’ils entendaient exiger du Président de la République son départ immédiat du pouvoir. De là à imaginer une scène apocalyptique, certainement que beaucoup de nos compatriotes n’y étaient pas loin du tout. Fort heureusement qu’une fois de plus, il y a plus de peur que de mal. Ce qui ne voudrait nullement signifier, comme insinué plus haut, que le bilan a été cette fois-ci des plus flatteurs, étant donné par ailleurs que le chef de file de l’opposition, en dehors bien entendu du parlement, a semblé savourer une certaine victoire à la faveur d’une conférence de presse qu’il avait animée chez lui.

Des blessés graves, il y en a manifestement eu le lundi 20 juillet passé, avec en toile de fond une sérieuse paralysie des activités économiques dans la cité. Et comme ce ne semble pas être la fin, il ne faudrait sans doute commettre l’imprudence de se réjouir trop vite. Selon des têtes pensantes du FNDC, la reprise de leurs manifestations n’en serait qu’à ses débuts, en dépit du fait que la pandémie du COVID-19 semble amorcer une seconde vague dévastatrice dans plusieurs pays du monde et qu’elle continue de sévir dans notre cher pays, la Guinée. Comme pour dire que la logique du bras de fer aura prévalu, au détriment d’un processus de règlement pacifique voulu et souhaité par pas mal d’observateurs de la scène politique guinéenne, y compris la majorité silencieuse de nos compatriotes eux-mêmes.

Sachant que ni la récurrence des manifestations, ni leurs ampleurs n’ont eu raison du pouvoir bien en place, ils sont nombreux aujourd’hui ceux ou celles des guinéens qui pensent qu’il aurait été sage d’en tirer toutes les conséquences. En des termes clairs, il n’y a certainement pas que la seule voie de l’antagonisme, du bras de fer ou de l’épreuve de rue, pour espérer venir à boutd’un régime, démocratiquement parlant. D’ailleurs, est-il souhaitable dans une démocratie de faire prévaloir l’argument de la force au détriment de la force de l’argument, qu’il s’agisse des tenants du pouvoir ou de ceux ou celles qui y aspirent ? Certainement non, étant donné que seule la conquête du pouvoir par les urnes confère légitimité et légalité.

Dans une situation de suspicion permanente comme la nôtre, il est certes vrai qu’aboutir à une démarche apaisée et régulière pourrait être perçue par d’aucuns comme une simple vue de l’esprit. Cependant qu’il faudrait, à notre sens, strictement éviter de tenter indéfiniment le diable, surtout de croire que les grands malheurs n’arrivent qu’aux autres. Nous ne savons combien de fois nous allons encore le répéter : seule la voie du dialogue pourrait sortir la Guinée durablement des crises politiques et politiciennes. Si et seulement, nous osons dire, notre classe politique en général, l’opposition en particulier, apprenait à la fois de ses erreurs et de ses manquements, elle se résoudrait en fin de compte à changer de disque. Feu Honorable Jean-Marie Doré avait-il vraiment tort lorsqu’il disait, sans doute sous l’effet de l’exaspération face aux échecs répétés de ses pairs opposants d’alors contre le régime du Général-président, que « l’opposition guinéenne est la plus bête d’Afrique » ? A chacun d’essayer de répondre objectivement à cette lourde interrogation.

Pour l’heure, nous disons en ce qui nous concerne, que certes l’opposition politique est parfaitement dans son rôle en voulant accéder au pouvoir sur la base des principes démocratiques. Mais elle devra, sans forcément faire preuve d’ingéniosité, imaginer d’autres moyens de lutte, évidemment qui soient tout à fait plus convaincants, pacifiques, surtout des plus légaux. Au risque de se muer en une drôle d’opposition…

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