Œil du journaliste: Guinée, tournant décisif de notre histoire !

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La Guinée, notre cher pays, a rendez-vous avec l’histoire en cette année 2020.  Si tout se passe bien, c’est cette année où devra être programmée sans nul doute l’échéance électorale la plus importante, en l’occurrence la présidentielle. L’institution en charge de l’organisation des élections, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui en sera la principale dépositaire, a d’ores et déjà proposé la date du 18 octobre pour la tenue du premier tour. Avant même que le président de la République ne se prononce sur cette proposition de date, conformément à la loi, plusieurs voix se sont élevées du côté de l’opposition dite « républicaine » pour opposer une fin de non-recevoir. Une opposition visiblement loin d’être sur la même longueur d’onde que cette CENI, étant entendu qu’elle s’inscrit irrémédiablement elle dans une logique de « préalables à satisfaire » vaille que vaille avant toute participation de sa part à cet important rendez-vous électoral.

En l’état actuel du clivage politique dans notre pays, des plus conflictuels hélas, ce serait peut-être un leurre que de croire à un aboutissement heureux quant à la recherche d’un compromis. Et comme pour corroborer ce pessimisme ambiant, le nouveau président de l’Assemblée nationale, issu des rangs de la Mouvance présidentielle, l’honorable Amadou Damaro Camara, pense lui qu’il serait justement irréaliste de vouloir engager une quelconque discussion sur la base de « l’impossible ».

Autant dire que l’offre de dialogue de l’actuel locataire du Palais Sékhoutouréya a, en réalité, très peu de chance d’aboutir. Si tout au moins ce dialogue devra impérativement prendre en compte la participation de l’aile dure de l’opposition guinéenne. Laquelle, dans certain élan de solidarité ou de complicité avec ce qu’il reste du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), a tout l’air d’avoir une préférence pour l’épreuve de force dans la rue.

Par rapport à cela, il est difficile de déterminer si l’exemple malien est un petit peu passé par là. Une chose reste cependant claire dans l’entendement ou l’analyse de plusieurs observateurs de la scène sociopolitique guinéenne. Le Mali et la Guinée ont beau être « deux poumons dans un même corps », à bien d’égards leurs contextes politiques sont nettement différents. Il est impensable pratiquement, soutiennent certains de ces observateurs, qu’une contestation politique soit menée en Guinée par des leaders religieux. Sans compter que beaucoup de facteurs ne militent pas forcement pour l’avènement d’une union sacrée autour de la contestation politique.

Néanmoins, estimerions-nous pour notre part, que ce soit dans l’un ou l’autre cas de ces deux pays, il est fort à parier que les différends, surtout politiques, ne pourront être réglés qu’autour de la table des discussions ou du dialogue. N’est-ce pas que la CEDEAO est en ces moments au chevet du Mali voisin en vue d’une sortie de crise par les négociations !

Autant accepter d’éviter des pertes aussi inutiles qu’insensées, le plus souvent occasionnées dans des manifestations de rue difficilement contenues jusqu’ici. Après tous les tumultes ou soubresauts politiques, il va bien falloir à la Guinée et aux guinéens de franchir à présent l’un des tournants les plus décisifs de leur histoire. Tous ceux  des leurs qui aspirent à conquérir le pouvoir par les urnes, seule voie permise par la démocratie, devraient finir par se convaincre que ni l’épreuve de force dans la rue, encore moins les tactiques de harcèlement du régime en place, ne serviront au pire qu’à creuser davantage le fossé de la mésentente, voire de la désunion. La seule et unique alternative, pour ne pas dire que l’unique espoir de sortir durablement d’une crise devenue des plus récurrentes, dans notre entendement, serait de combattre le mal par la racine. Il y a visiblement eu trop de blessures, d’injustice, de torts causés dans notre pays au fil de l’histoire. Pour espérer les surmonter véritablement, il faudrait bien accepter de commencer par se parler. Sinon, les gagnants d’aujourd’hui pourraient tout aussi être les perdants de demain, et vis-versa.

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